Télévision
Time Warner Cable retire des chaînes de son application iPad
Date: 15/04/2011
L’application lancée par le câblo-opérateur il y a quelques semaines, offre la possibilité aux abonnés de Time Warner Cable (TWC) de regarder à domicile, sur leur iPad, certaines chaînes du câble. Initialement 32 chaînes étaient prévues, – une partie seulement des chaînes du bouquet offert par TWC – dont Discovery Channel et Fox News Channel. Suite aux plaintes déposées par trois entreprises importantes du monde des médias - Viacom, Discovery Communications et News Corporation - le câblo-opérateur a retiré de son offre plusieurs chaînes dont MTV et FX. Pour ces entreprises, l’application lancée par TWC est une violation des termes du contrat de diffusion passé avec eux, puisque le câblo-opérateur n’a pas payé les droits relatifs à la diffusion des chaînes sur des appareils portables. Le câblo-opérateur envisage néanmoins d’ajouter d’autres chaînes pour remplacer celles retirées, et réaffirme sa volonté de continuer ce qu’il a entrepris avec Apple : « Pour l’instant, nous avons décidé de concentrer nos efforts sur les programmateurs éclairés qui comprennent le bénéfice et l’importance de permettre aux abonnés – et aux téléspectateurs - de visionner leurs programmes chez eux sur n’importe quel écran. Nous utiliserons tous les moyens légaux à notre disposition pour nous battre contre les chaînes qui ne partagent pas notre vision ». L’iPad est le dernier champ de bataille d’un combat qui dure depuis longtemps déjà sur la question de la retransmission télévisuelle : comment et par qui la télévision doit-elle être retransmise ? Lorsque des entreprises comme TWC achètent les droits de diffusion télévisuels d’une chaîne, est-ce que ces droits comprennent la diffusion de la chaîne sur de nouveaux écrans comme l’iPad ? Après tout, les ordinateurs, l’iPad et les téléphones portables peuvent tous faire office d’écran de télévision. Les distributeurs pensent que, dans la mesure où l’application n’est effective que dans la limite du domicile de l’abonné, l’iPad n’est, dans ce cas précis, en rien différent d’une télévision. De leur côté, les programmateurs pensent que les contrats de diffusion télévisuelle actuels ne couvrent pas la diffusion sur les tablettes, et qu’il faut créer un nouveau type de droits. Les revenus sont un sujet sensible puisque l’audimat n’est pas mesurable sur l’iPad. Donner aux programmeurs une autre source de revenu n’est pas une perspective agréable, pour des opérateurs qui bataillent déjà pour obtenir les droits de retransmission de certains programmes. Les câblo-opérateurs ont comme principe de base de rendre disponible le contenu pour lequel les abonnés paient, à la fois sur la télévision et sur les plateformes numériques. La controverse sur l’iPad prouve bien la difficulté à mettre en application ce principe. Certains observateurs pensent que TWC a décidé de forcer la main aux programmateurs, voyant la lenteur avec laquelle ils rendaient disponibles leur contenu sur Internet. Même si les offres de Comcast, DirecTV et Verizon sont limitées à la vidéo à la demande et à la navigation, beaucoup de distributeurs essaient de profiter de l’engouement pour les applications, notamment Dish Network avec son offre Sling, qui permet à ses abonnés de visionner du contenu au-delà des limites de leur domicile. D’après les recherches de BTIG, Dish aurait réussi à éviter des poursuites judiciaires, parce que le signal est émis par un décodeur et non par un serveur cloud-computing. L’offensive la plus forte a été lancée par Cablevision, qui vient de sortir une application iPad qui va encore plus loin que celle de TWC. Elle permet aux abonnés de visionner les chaînes de son bouquet et offre un service de vidéo à la demande, d’enregistrement et de stockage de contenu (DVR). Comcast s’aligne sur l’exemple de Cablevision avec son application Xfinity que l’entreprise lancera une fois que certains problèmes techniques et logistiques auront été réglés. Les studios ont montré qu’ils savaient se défendre en bloquant la mise en ligne de programmes télévisuels sur Google TV. L’arrivée sur le marché de l’iPad a fait tellement sensation qu’elle a éclipsé Google TV. Apple a vendu 15 millions d’iPad en moins de neufs mois mais cela n’effraie pas pour l’instant les programmateurs : les possibilités de visionnage restent restreintes. « Mais qu’en sera-t-il dans quelques années ; c’est de cela que les programmateurs ont peur » déclare l’analyste de BTGI, Richard Greenfield. Time Warner Cable iPad flap heats up, d’Andrew Wallenstein, Variety, 25 mars 2011 Time Warner Pulls Channels From iPad App, de Brian Stelter, The New York Times, 31 mars 2011Laure Dahout
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Dossier : Bilan 2011 sur la Télévision Connectée aux Etats-Unis
[caption id="attachment_8737" align="alignright" width="230" caption="Télévisions connectées"]
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Selon une étude de la société Strategy Analytics publiée en décembre 2011, 20% des personnes interrogées affirmaient avoir regardé une vidéo en streaming sur leur téléviseur au cours du mois de novembre 2011. Ce pourcentage est deux fois plus important pour le public américain que pour le public européen. Les analystes américains expliquent ce décalage par la différence d’offre, des services comme Netflix et Hulu tirant vers le haut la consommation de vidéo en ligne.
Ainsi, le visionnage de programmes sur Internet est en forte progression aux Etats-Unis et, selon Blair Westlake, Corporate Vice President of the media and entertainment group chez Microsoft, le paysage télévisé américain devrait subir plus de transformations au cours des prochains 18 mois qu’au cours des 5 dernières années.
Modèles de distribution utilisés :
Selon une étude du Leichtman group publiée au mois d’avril 2012, plus d’un tiers des foyers américains (38%) a, actuellement, au moins un téléviseur relié à Internet, contre 30% en 2011 et 24% en 2010.
La console de jeu vidéo
La console de jeu vidéo est l’appareil permettant de connecter un téléviseur à Internet le plus répandu aux Etats-Unis et, toujours selon cette étude, 28% des foyers possèderaient une console reliée à Internet. La Xbox de Microsoft est le chef de file de cette nouvelle génération. Cette console propose le plus large éventail de contenu multimédia sur le marché. A partir de 5 dollars par mois, le service Xbox Live donne accès aux plateformes de vidéo en streaming comme Netflix et Hulu Plus, mais aussi aux réseaux sociaux Facebook et Twitter. Le contenu à la demande du service XFINITY de Comcast et l’offre IPTV FiOS de Verizon sont aussi disponibles sur la Xbox aux utilisateurs abonnés à ces services. Le Director of branded experience de Microsoft, Russ Axelrod, lors d’un discours au NATPE le 24 janvier 2012, a expliqué que plus de 20 millions de Xbox au Etats-Unis étaient connectées et que les utilisateurs concernés passaient 44% de leurs temps sur leur Xbox à faire autre chose que jouer.
La PlayStation de Sony connaît un succès similaire avec ses offres en ligne et notamment avec Playstation Network, portail interactif gratuit où il est possible de jouer en réseau. PlayStation Network compte plus de 90 millions de comptes activés dans le monde, dont 30 millions aux Etats-Unis. Lors de la conférence Streaming Media West, le 8 novembre 2011, Susan Panico, Directeur senior de PlayStation Network, a expliqué qu’un tiers du temps passé sur la console concernait une autre activité que le jeu. PlayStation Network a aussi développé un contenu propre pour se démarquer. Ainsi, elle a lancé des émissions comme “The Tester” (Le Testeur), émission de téléréalité où les joueurs s’affrontent pour un poste en tant que testeur de jeux vidéo, ou encore “Qore”, un “magazine vidéo” consacré aux jeux, et “Pulse”, une émission bihebdomadaire sur les dernières nouveautés PlayStation. L’avantage majeur de cette console sur la Xbox est que ses services sont gratuits – un facteur indéniable dans sa croissance explosive. Microsoft, de son côté, fait payer au moins 60 dollars par an pour le service Xbox Live.
Les services de vidéo à la demande sont les grands bénéficiaires de la montée en popularité de ces consoles connectées. Selon Susan Panico, 50% de l’usage de Netflix se fait à partir de consoles. De même, la chaîne premium EPIX, lancée sur la Xbox en décembre 2011, a vu son nombre d’abonnés doubler depuis son lancement sur console.
Les lecteurs de Blu-ray et les téléviseurs connectés
Les lecteurs Blu-ray connectables à Internet seraient présents dans 13% des foyers américains et les téléviseurs connectés dans environ 4% de ces foyers, selon Leichtman group. Ainsi, d’après la société d’analyse Magna Global, il y avait 5,4 millions de smart TV pouvant être connectées à Internet dans les foyers américains à la fin de l’année 2011. Selon une autre société d’analyse, DisplaySearch, près de la moitié des téléviseurs vendus aux Etats-Unis en 2013 devraient être des smart TV (47%) contre 35% en 2012 et 17% en 2010. Selon le cabinet Strategy Analytics, le principal marché pour les télévisions connectées sera les Etats-Unis en 2012 et près de 18 millions de téléviseurs devraient y être vendus cette année.
Les boîtiers
Selon une étude publiée par le cabinet d’analyse Park Associates au mois de février 2012, près de 14 millions de boîtiers permettant de se connecter à Internet (de type Apple TV et Roku) devraient être vendus aux Etats-Unis en 2012 et 31% des ménages américains possédant une connexion Internet regarderaient des programmes en streaming sur leur téléviseur.
Bien que ces boîtiers ne soient pas encore très répandus, la facilité d’utilisation de ces appareils et un tarif à la baisse pour la dernière génération d’Apple TV et de boîtier Roku en font un produit intéressant. Apple serait en tête de ce marché avec 4,2 millions d’Apple TV deuxième génération vendues en 2011 contre 1,5 millions pour Roku (pour un total de 2,5 millions depuis la création de la société en 2002).
Interrogé lors d’une conférence sur le contenu over-the-top au mois de mars 2012, le CEO et créateur de Roku, Anthony Wood, déclarait que les télévisions connectées souffraient de plusieurs handicaps face aux boîtiers. Tout d’abord, selon les recherches menées par Roku, la qualité de l’interface fait partie des principaux critères de choix des consommateurs pour ce type de produit. Or, l’un des défauts des smart TVs est justement que leurs logiciels deviennent obsolètes au bout de 2 ou 3 ans, alors qu’un téléviseur, connecté ou pas, se change généralement tous les 6 à 8 ans. Anthony Wood pense que les consommateurs obtiennent un meilleur service en achetant une télévision classique et un boîtier connecté à Internet séparé. Il explique que les logiciels de Roku sont mis à jour tous les deux mois et que de nouvelles chaînes sont ajoutées toutes les semaines. Les boîtiers Roku proposent ainsi plus de 500 chaînes.
Rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées :
La question du rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées n’a pas encore été abordée aux Etats-Unis. Toutefois, une audition visant à examiner de quelle manière les services de vidéo en ligne altéraient l’avenir de la télévision s’est tenue devant la Commission du Sénat sur le Commerce (Senate Commerce committee), à la demande de son Président, le sénateur Jay Rockefeller (D-W. VA.), à la fin du mois d’avril 2012. Lors de l’annonce de l’organisation de cette audition, le sénateur Rockefeller avait souligné que « les spectateurs regardent toutes sortes de programmes sur une grande variété de plateformes, à différentes heures du jour et de la nuit, sans les protections qui encadrent la télévision traditionnelle ».
Lors de cette audition, les professionnels entendus ont défendu le droit du marché à créer des programmes accessibles aux consommateurs de manière universelle. Ils ont également souligné l’importance de maintenir un Internet ouvert et critiqué la démarche de Comcast qui impose une limite de 250GB à ses utilisateurs, mais, dans ses calculs, ne prend pas en compte ses propres sites comme l’offre de TV Everywhere Xfinity. Pour Barry Diller, Président du site de voyage Expedia et de IAC/InterActiveCorp., conglomérat de sociétés du secteur de l’Internet comme Vimeo, l’application des règles de neutralité du réseau est obligatoire pour maintenir le développement d’Internet.
Conclusion :
Le développement de la télévision connectée pourrait avoir plusieurs conséquences. La 1ère concerne le trafic sur Internet. Selon la société d’analyse Cisco, le trafic lié à la consommation de vidéos sur Internet devrait passer de 3 039 petabytes (1 petabyte = 1000 terabytes) par mois en 2011 à 8 130 petabytes par mois en 2015.
D’autre part, la popularité grandissante des télévisions connectées et des tablettes augmente l’intérêt pour les « synch apps », applications liées à la diffusion d’une émission à la télévision et synchronisées avec celle-ci. Ainsi, plus de 200 chaînes de télévision américaines, parmi lesquelles NBC, Discovery Channel et HBO, se sont associées pour lancer l’application ConnecTV, qui permet aux utilisateurs de bénéficier d’un contenu additionnel ou d’interagir avec leurs amis sur tablette ou smartphone, pendant qu’ils regardent un programme télévisé.
Enfin, bien que le développement de la télévision connectée ne signifie pas forcément que les clients résilient leur abonnement au câble, cela peut signifier l’annulation de l’abonnement à certaines chaînes premium. C’est un risque que les opérateurs de la télévision prennent en compte et une tendance que les fabricants de télévision et les propriétaires de contenu suivent de près.
Ainsi, le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis est au centre des préoccupations des professionnels américains du secteur des médias et du contenu.
Pour plus d’informations sur les questions liées au droit d’auteur et à la réglementation de la télévision connectée, lire Dossier : Bilan sur la télévision connectée aux Etats-Unis, Médiamérica, 11 juillet 2011.
Géraldine Durand

2 Réactions
1 - Les services TV Everywhere des câblo-opérateurs vs les offres Over the Top « Mediamerica | 15.04.11
[...] sur plusieurs plateformes au sein du foyer est un point litigieux au sein des négociations (Lire Time Warner Cable retire des chaînes de son application iPad, Mediamerica, 15 avril 2011), comme l’est la diffusion de ce contenu en dehors du foyer. [...]
2 - La télévision en direct sur iPad – Bilan de l’année 2011 « Mediamerica | 15.04.11
[...] rémunération supplémentaire pour la diffusion de ses chaînes sur l’iPad (Voir l’article Time Warner Cable retire des chaînes de son application iPad). Le deuxième opérateur du câble du pays distribue maintenant 140 chaînes, grâce à l’ajout [...]