Télévision

Vers la fin du modèle des networks ?

Date: 04/05/2010



Une nouvelle série attendue cet automne sur ABC : "Generation Y"

Les networks affichent encore quelques beaux succès, mais cela n’empêche pas leurs dépenses de poursuivre leur escalade et leur modèle économique d’être fragile. D’après les responsables des studios, c’est le prix à payer pour continuer à travailler. Certes, mais combien de temps encore cela pourra-t-il durer ?

Les networks viennent de s’engager dans une nouvelle saison de production de pilotes, toujours aussi coûteuse et inefficace, alors qu’ils peuvent à peine se le permettre. En effet, leurs recettes publicitaires et leurs taux d’audience poursuivent leur chute ; les bénéfices de la diffusion en ligne, sur leurs sites ou sur Hulu, ne sont pas encore conséquents ; le marché international s’est ramolli ; et les ventes de DVD ont plongé.

Ils sont également engagés dans la bataille des frais de retransmission avec les opérateurs du câble et du satellite (voir l’article du 12 mars 2010, Désaccords sur les frais de retransmission : les opérateurs demandent à la FCC d’intervenir), tout en étant soumis au discours ventant les mérites de ces deux industries : deux sources de revenus, moins de commandes de séries et moins d’attentes en termes d’audience. A tel point que certains CEO envisagent publiquement de vendre leurs chaînes, comme l’a fait récemment Bob Iger, patron de Disney-ABC à propos du 3ème network américain.

Toutefois, alors que certains networks ont largement licencié leurs petites mains, les talents dictent encore la loi des tarifs. Par exemple, Dick Wolf demande encore des frais de producteur de 350 000 dollars pour chaque épisode de Law & Order.

Ainsi, la relation network-studio se base encore sur la loi de l’offre et de la demande. Et le paradoxe est qu’au moment même où les chaînes sont à court de moyens, leurs responsables soulignent que c’est aussi le moment de dépenser beaucoup pour créer des succès.

« Nous parlons tous beaucoup de réduire les coûts, mais ceux-ci ne vont cesser de grimper, car dans un monde où l’audience est dispersée,  le consommateur continuera à rechercher des expériences visuelles de haute qualité», témoigne un responsable de studio.

Ce constat, ainsi qu’une bonne dose d’inertie, expliquent le maintien d’un modèle dépassé. Malgré toutes les discussions engagées cette année sur la nécessité de créer un nouveau système, les choses ne changent pas. Et l’année 2010-2011 ne se distinguera pas des autres en la matière.

Mais la hausse des dépenses ne signifie pas que les responsables n’essaient pas de les réduire quand ils le peuvent. Par exemple, les studios se sont majoritairement convertis à la vidéo ce qui leur permet d’économiser de 20 à 30 000 dollars par épisode. Les productions essaient également d’avoir recours à des méthodes traditionnellement associées au documentaire comme la caméra sur l’épaule qui permet d’économiser le coût et le temps d’une steady-cam et de l’éclairage.

Des décors polyvalents, l’achat de formats à l’étranger (deux nouvelles séries attendues cet automne, The Quinn-Tuplets sur CBS et Generation Y sur ABC, viennent respectivement d’Israël et de Suède) et la délocalisation des tournages dans des états aux crédits d’impôt plus avantageux comme la Louisiane, le Michigan et le Nouveau Mexique, sont autant de méthodes permettant de revoir les coûts à la baisse. Les caravanes luxueuses destinées aux stars sont également supprimées : cela permet d’économiser des millions.

Le co-financement international est aussi recherché et c’est un modèle déjà adopté par Fox. Pour David Madden, Vice Président de Fox Television Studios « il ne s’agit pas de faire des séries pour le prix d’une pièce de théâtre dans un collège, mais de faire des séries pour les networks avec un budget généralement associé au câble ».

Parmi les autres exemples de co-production internationale figure ABC et Rookie Blue, co-produit avec les sociétés canadiennes Canwest et E1 Television, qui a évité le processus cher de la production de pilote et est passé directement à la production de la série. De la même manière, Scoundrels, une adaptation par ABC Studios d’une série néo-zélandaise, n’a eu besoin que d’une transformation du scénario. Et vu que 8 épisodes de la série ont déjà été produits, ABC Studios peut dès à présent la présenter au marché international, quels que soient ses résultats sur sa chaîne.

Ce modèle correspondant plutôt aux séries de l’été, cela permet aux chaînes de garder leur argent pour leurs pilotes à gros budget de la rentrée, sans pour autant fermer boutique pendant la saison estivale.

Toutefois, un coup d’œil aux pilotes de la rentrée montre que les networks préfèrent rester prudents avec des séries policières et des comédies classiques et s’aventurent peu dans le domaine des shows au concept développé comme 24 heures chrono, Lost et FlashForward.

Le système des pilotes est, de notoriété publique, inefficace. Alors qu’une série lors de la 1ère année coûte entre 2.7 et 3 millions de dollars par épisode, un pilote peut coûter jusqu’à 7 millions de dollars, voire plus. Si une liste de célébrités y est attachée ou si des effets spéciaux sont nécessaires, les coûts grimpent rapidement. J.J. Abrams réalise le pilote d’Undercovers pour NBC. Le dernier pilote qu’il a réalisé, celui de Lost en 2004, avait coûté 10 millions de dollars. Ce nouveau pilote serait dans les mêmes prix.

Les pilotes pour comédies sont moins coûteux, mais tournent quand même autour de 3 millions de dollars pour 30 minutes.

ABC a 23 séries en développement pour l’automne, CBS en a 21 et NBC 20. Fox et The CW en ont chacun 19. Cette dernière chaîne a notamment en projet une adaptation de La femme Nikita.

Hollywood a toujours vécu dans une bulle d’or loin de la réalité du vaste monde. Dans une interview donnée récemment, le producteur vétéran Thomas Schlamme reconnaissait que jusqu’à présent, l’industrie n’a pas eu à souffrir d’énormes restrictions financières : « Nous nous débrouillons tous encore très bien. Ces séries ne sont pas faites sur des budgets serrées. Elles sont chères et il faut bien que quelqu’un les paye ».

Is Network TV’s Model Lost ?de Marisa Guthrie, Broadcasting & Cable, 26 avril 2010

Géraldine Durand


Il n'y a pas encore de réaction sur cet article, réagissez!

Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire