VOD

Les craintes de l’industrie des médias face au succès grandissant de Netflix

Date: 13/12/2010



Netflix sur iPad

Alors que la société était pendant des années un acteur modeste du domaine de l’entertainment, Netflix est désormais respectée, voire crainte par les autres sociétés du secteur.

La compagnie aux enveloppes rouges a étendu son service de location de films par DVD, tout comme son offre en streaming. Le développement des télévisions et lecteurs de DVD / Blu-ray connectés signifie que le service en streaming de Netflix est désormais de plus en plus disponible dans les salons, et pas uniquement sur les ordinateurs.

Cela représente une vraie menace pour les distributeurs de contenu traditionnels que sont les opérateurs du câble, du satellite et des télécommunications.

Alors que Netflix comptait 16.9 millions d’abonnés à la fin du mois de septembre, soit une hausse de 52% en un an, l’industrie du câble a connu, ces deux derniers trimestres, la 1ère baisse dans le nombre de ses abonnés, soit 335 000 foyers sur un total de 100 millions aux Etats-Unis (Voir l’article Baisse sans précédent pour les opérateurs du câble aux Etats-Unis).

Time Warner a également annoncé que HBO perdrait certainement 1.5 million d’abonnés cette année (Voir l’article HBO en perte de vitesse), mais a attribué ces mauvais résultats à la situation économique difficile et non au Cord-Cutting (Voir l’article Cord-Cutting : analyse du phénomène qui agite l’industrie des médias aux Etats-Unis).

La croissance de Netflix, alors que les ventes de DVD continuent de baisser et que l’audience à la télévision est de plus en plus fragmentée, inquiète les studios de cinéma et de télévision, ainsi que d’autres sociétés dans le secteur des nouvelles technologies. La crainte principale est celle de voir Netflix dominer le marché de la distribution de films et de programmes télévisés en format numérique, de la même manière que l’iTunes Store d’Apple domine le marché de la musique.

Afin d’empêcher cela, les sociétés d’entertainment et de nouvelles technologies cherchent des moyens de dépasser Netflix avec leur propre offre.

Hulu vient ainsi de faire passer le prix de son service sur abonnement Hulu Plus de 10$ à 7.99$/mois, soit deux dollars de moins que le prix proposé lors du lancement de l’offre (Voir l’article en anglais : Hulu drops price of pay service, Variety, 17 novembre 2010), un prix équivalent au service de streaming only que Netflix vient de lancer au Canada (actuellement en test dans plusieurs régions des Etats-Unis).

Amazon.com développerait sa propre offre, avec un service d’abonnement similaire à celui qui existe sur Netflix, proposant également des films de cinéma et des séries télévisées. Ce service serait inclus dans l’offre Amazon Prime qui, pour 79$/an, propose des livraisons sur deux jours de manière illimitée. Par comparaison, le coût du service de streaming only de Netflix revient à 96$/an.

Les groupes de média ont également entamé des discussions avec des sociétés comme Microsoft et Sony, qui fournissent l’accès à l’offre en streaming de Netflix sur leurs consoles de jeux vidéo, afin de leur vendre directement les droits de diffusion des programmes et que Microsoft et Sony puissent développer leur propre service sur abonnement.

De la même manière, le distributeur de télévision, Vizio, a manifesté son intérêt pour un service d’abonnement qui lui serait propre. OnLive Inc., une start up qui distribue des jeux vidéo sur Internet, envisage également de proposer des films à la location, notamment sur abonnement, dès 2011. L’un des principaux investisseurs d’OnLive est le studio Warner Bros. du groupe Time Warner.

Ted Sarandos, CEO de Netflix, pense que les sociétés d’entertainment voient avant tout Netflix comme un bon partenaire et ce, à juste titre : Netflix paie cher le contenu qu’elle achète. En août dernier, Netflix a accepté de payer 1 milliard de dollars à Epix, la chaîne de télévision payante de Viacom, Lionsgate et MGM, en échange de l’acquisition de droits Internet pour des films de cinéma et des séries télévisées (Voir l’article La nouvelle stratégie de Netflix : une révolution pour le secteur de la distribution aux Etats-Unis). Toutefois, cela a un coût, et Netflix vient d’annoncer l’augmentation de 1 à 3$ du prix de ses abonnements les plus populaires, ceux comprenant le streaming et la location d’un à trois DVD par mois.

Selon M. Sarandos, les sociétés d’entertainment connaissent les risques que revêt la distribution de contenu sur Internet et c’est pourquoi elles avancent prudemment. « Elles essaient de prévoir ce que cela signifie sur le long terme », précise-t-il. « Les changements de comportement des consommateurs posent de nombreuses questions ».

Afin de prévenir la défection de leurs abonnés, plusieurs services de télévision payante leur proposent d’accéder à leurs programmes en ligne, à travers des systèmes appelés TV Everywhere.

Les chaînes de télévision payante comme HBO, Showtime (groupe CBS) et Starz (groupe Liberty Media Corp.) sont celles qui subissent le plus fortement la concurrence de Netflix. Pour Time Warner, qui possède également quelques chaînes câblées basiques et les studios Warner Bros., un distributeur en ligne comme Netflix est considéré à la fois comme un partenaire et comme un concurrent potentiel. L’approche du groupe est prudente. Au mois de juillet dernier, Warner Bros. a vendu à Netflix un package qui comprenait des émissions télévisées que la société avait des difficultés à vendre sous la forme de syndication. Mais des succès comme Two and a Half Men (Mon Oncle Charlie) n’étaient pas inclus dans ce package.

Comme le souligne un porte parole de la société, « Il est important de distribuer le bon contenu, dans la bonne fenêtre, au juste prix ».

Pour la chaîne câblée premium Starz, la période qui s’annonce présente des risques. La société a passé un accord avec Netflix il y a quelques années qui permet à la compagnie de diffuser en streaming des films de studios comme Sony et Disney. Cet accord arrive à expiration en 2011. Or, les responsables de Starz admettent que Netflix est un concurrent en termes d’abonnés et qu’il est possible que la société aux enveloppes rouges tente de passer des accords directement avec les studios d’Hollywood, contournant ainsi Starz.

Depuis le début de l’année 2009, la valeur des actions de Netflix a été multipliée par 6, et la société est évaluée à 10 milliards de dollars sur le marché.

No Longer Tiny, Netflix Gets Respect—and Creates Fear, de Nick Wingfield et Sam Schechner, The Wall Street Journal, 6 décembre 2010

Géraldine Durand


Il n'y a pas encore de réaction sur cet article, réagissez!

Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire