Cinéma

Bilan de la 34ème édition du Toronto International Film Festival

Date: 01/10/2009


Toronto International Film Festival

Toronto International Film Festival

La 34ème édition du Festival international du film de Toronto (TIFF) a confirmé la place de choix qu’occupe aujourd’hui le cinéma français. Avec 31 films dont 10 avant-premières mondiales et une délégation regroupant plus d’une trentaine de professionnels, le cinéma français était à l’honneur cette année : c’était le plus représenté après le cinéma américain et avant le cinéma canadien. La délégation française a bénéficié d’une belle exposition médiatique, grâce au travail d’Unifrance, en coopération avec le Consulat général à Toronto. La première expérience d’un soutien de Ubifrance est significative. Elle permettra ultérieurement d’étoffer les éléments d’analyse du marché. Le TIFF confirme qu’il reste une étape majeure dans l’industrie cinématographique mondiale, à la fois comme tremplin pour la promotion des films français à l’étranger, mais aussi comme baromètre dans la perspective de leurs sorties en salle et des Oscars. Cependant, le Festival s’inscrit dans un nouveau contexte économique de crise qui fragilise le marché mondial et les ventes françaises.

Un Festival désormais incontournable

Avec une programmation de plus de 300 titres dont presque 100 avant-premières mondiales, 3000 professionnels et un millier de journalistes attendus, le TIFF est devenu non seulement un des festivals du circuit les plus ouverts au public mais aussi une véritable rampe de lancement et un outil marketing pour les œuvres cinématographiques.

Un cinéma français bien représenté et accueilli

Les films français sélectionnés cette année étaient au nombre de 31 dont 10 avant-premières mondiales. Unifrance continue d’être un soutien essentiel, dans son travail d’accompagnement des films et des artistes français. John Kochman, Directeur d’Unifrance New-York, estime que cette sélection confirme «la place prépondérante de la France dans le cinéma indépendant mondial». Antoine Khalife, Directeur du service Festivals et Artistes, remarquait toutefois que si la sélection 2009 des films français rassemblait autant de films que les années précédentes, il y avait plus de réalisateurs confirmés que de nouveaux talents.

La délégation regroupait une trentaine de réalisateurs et acteurs dont : Jacques Audiard, Claire Denis, Jean-Pierre Jeunet, Gaspar Noé, Dany Boon, Johnny Halliday, Kristin Scott-Thomas, Gaspard Ulliel, Jérémie Rénier… Deux films français étaient présentés dans la catégorie « Gala » du Festival,  section prestigieuse qui ne projette que 21 films : Micmacs de Jean-Pierre Jeunet et Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen.

On notera le succès de Un Prophète. Le film a été ovationné par les spectateurs. La projection de Micmacs de Jean-Pierre Jeunet a elle aussi été très bien accueillie.  Le film était projeté en avant-première mondiale et bénéficiait donc d’une formidable exposition pour conquérir le marché nord-américain. Variety a publié une critique très favorable dès le lendemain de la projection, estimant que c’était probablement l’œuvre la plus accessible de J-P. Jeunet à ce jour. Bien que le TIFF ne soit pas doté de récompenses officielles octroyées par un jury, il remet un prix du public : s’il a été décerné au film américain Precious, Micmacs constituait un sérieux prétendant puisqu’il était le deuxième film pressenti.

Un contexte général de crise pour la distribution

Selon Régine Hatchondo, Directrice générale d’Unifrance Paris, le cinéma français a le vent en poupe (Palme d’or Cannes 2008, Grand prix du jury Cannes 2009…) mais il se heurte à un marché en difficulté. Sur la trentaine de films français sélectionnés, seule une poignée (dont Un Prophète et Micmacs) avait déjà trouvé un distributeur nord-américain avant le TIFF. Malgré la présence des studios, aucun gros contrat n’a émergé et un nombre important de films sélectionnés reste encore disponible pour la distribution en Amérique du Nord.

Même si le nombre de spectateurs de cinéma a augmenté dans le monde, les sociétés de ventes sont plus fragiles que jamais. Cette année, les acheteurs, qui n’ont plus le soutien des banques avec la crise, étaient très frileux et proposaient des montants moins élevés que d’habitude. De plus, les frais des campagnes marketing qui accompagnent la sortie d’un film ont explosé et le facteur risque est beaucoup plus important. Les acheteurs sont plus hésitants et les vendeurs moins en position de force, puisqu’ils ne peuvent plus faire monter les enchères comme auparavant : on a constaté une baisse sensible des prix à la vente.

Selon la presse internationale, le TIFF a, en quelque sorte, rompu avec sa tradition : alors que les contrats se multipliaient pendant le Festival, ils ne se signent aujourd’hui plus pendant le TIFF mais au retour. Variety (13 septembre) se demande ainsi si le modèle indépendant traditionnel, selon lequel on finalisait une vente juste après la soirée officielle du film, n’est pas mort. Si les studios s’en sont relativement bien sortis, le TIFF 2009 a confirmé la position extrêmement précaire des distributeurs indépendants en général, français en particulier.

La presse anglophone nationale canadienne a d’ailleurs largement plus couvert l’univers cinématographique strictement nord-américain. Tout se passe comme si la diminution des liquidités financières et le formatage accéléré du marché cinématographique laminait la visibilité des cinémas non hollywoodiens.

Le fonctionnement du TIFF et l’exposition des films évoluera surement avec la création du Palais des Festivals «Bell Lightbox» : le TIFF, jusqu’alors éclaté dans toute la ville, trouvera son centre névralgique, ce qui pourra éventuellement faire naître une synergie et permettre au marché d’être au maximum de son activité pendant les dix jours complets de l’événement. Ce projet, d’un budget total de $170 millions, accueillera cinq salles de cinéma ainsi que des galeries, expositions, ateliers… avec des recettes estimées à 200 millions de dollars par an d’ici 2015. Il est majoritairement financé par Bell mais a également reçu une aide de 10 millions de dollars du gouvernement ontarien. Le Bell Lightbox devrait être prêt pour l’édition 2010 du TIFF.

Micmacs“, de Bob Nelson, Variety, 16 septembre 2009

Marie Herault-Delanoe


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